Un locataire part six mois à l’étranger et confie son appartement à un ami contre un loyer mensuel, sans prévenir le propriétaire. La situation paraît anodine, mais elle constitue une sous-location illégale au sens de la loi. On rencontre ce cas de figure dans la plupart des contentieux locatifs liés aux plateformes de réservation courte durée.
La sous-location désigne le fait pour un locataire de mettre à disposition tout ou partie de son logement à un tiers, moyennant une contrepartie financière. Aucun lien contractuel n’existe alors entre le propriétaire et le sous-locataire, ce qui crée un vide juridique que la législation française encadre strictement.
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Clause du bail et autorisation écrite du propriétaire
Sur le terrain, la première chose à vérifier est le contrat de bail. L’article 8 de la loi du 6 juillet 1989 pose un principe clair : la sous-location est interdite sauf accord écrit du bailleur. Cette autorisation doit préciser les conditions, notamment le montant du loyer appliqué au sous-locataire, qui ne peut pas dépasser celui payé par le locataire principal.
On voit souvent des locataires considérer qu’un accord verbal suffit. Ce n’est pas le cas. Sans document écrit signé par le propriétaire, la sous-location reste illégale, même si le bailleur était informé de la situation par un simple échange de SMS ou un appel téléphonique.
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Pour les logements du secteur privé, le locataire doit transmettre au sous-locataire une copie de l’autorisation écrite et une copie du bail en cours. En l’absence de ces documents, le sous-locataire lui-même se retrouve sans protection juridique en cas de litige.
Logement social HLM : interdiction totale
La règle est encore plus stricte pour les logements sociaux. Toute sous-location en HLM est formellement interdite, sans exception possible. Le bail social ne prévoit aucun mécanisme d’autorisation. Un locataire HLM qui sous-loue s’expose à une résiliation immédiate du contrat et à une procédure d’expulsion.

Loi Le Meur de novembre 2024 et copropriété
La loi n°2024-1039 du 19 novembre 2024, dite loi Le Meur, a modifié la donne pour les copropriétés. Depuis son entrée en vigueur, les nouveaux règlements de copropriété doivent explicitement autoriser ou interdire les locations de meublés de tourisme. L’assemblée générale peut désormais voter cette restriction à la majorité simple.
Concrètement, un locataire qui envisageait de sous-louer son appartement sur une plateforme touristique doit maintenant vérifier non seulement son bail, mais aussi le règlement de copropriété mis à jour. Ce double verrou complique la sous-location saisonnière dans les immeubles où la copropriété a voté contre.
Pour les propriétaires bailleurs, cette loi offre un levier supplémentaire. Même si le bail ne mentionne pas explicitement l’interdiction de sous-location, une délibération de copropriété peut suffire à bloquer toute mise en location touristique du logement.
Sanctions encourues par le locataire en cas de sous-location illégale
Les conséquences pour un locataire pris en situation de sous-location non autorisée sont lourdes et cumulatives :
- La résiliation du bail peut être prononcée par le juge, avec obligation de quitter le logement. Si le bail contient une clause résolutoire, la procédure est accélérée.
- Le locataire peut être condamné à reverser au propriétaire l’intégralité des sous-loyers perçus, y compris sur plusieurs années si la pratique a duré longtemps.
- Des dommages et intérêts supplémentaires peuvent être réclamés si le propriétaire prouve un préjudice (dégradations, trouble de jouissance pour les voisins, atteinte à la valeur du bien).
L’action du bailleur se prescrit dans un délai de trois ans à compter du jour où il a eu connaissance des faits, conformément à l’article 7-1 de la loi du 9 juillet 1970.
Responsabilité des plateformes type Airbnb
Les retours récents des tribunaux montrent un durcissement notable. Depuis quelques années, les cours d’appel considèrent de plus en plus les plateformes comme des éditeurs actifs plutôt qu’hébergeurs passifs. Cette requalification permet aux propriétaires d’obtenir des condamnations solidaires des plateformes pour le remboursement des sous-loyers perçus illégalement.
Ce changement de jurisprudence modifie l’équation financière pour les locataires tentés par la sous-location saisonnière. Le risque ne se limite plus à la relation avec le bailleur : la plateforme elle-même peut se retourner contre le locataire si elle est condamnée.

Prouver une sous-location illégale : la procédure côté propriétaire
Découvrir qu’un locataire sous-loue sans autorisation ne suffit pas. Encore faut-il réunir des preuves recevables devant un juge. Deux méthodes se combinent fréquemment dans la pratique :
- Le constat d’huissier de justice (désormais commissaire de justice) permet de documenter la présence de tiers, les annonces en ligne, les échanges de clés ou les avis laissés sur les plateformes.
- Le recours à un détective privé agréé se développe, notamment à Paris, pour surveiller les allées et venues et établir un rapport exploitable en procédure judiciaire.
- Les captures d’écran d’annonces sur Airbnb, Booking ou d’autres sites constituent des éléments de preuve, à condition d’être horodatées et idéalement constatées par un commissaire de justice.
Une fois les preuves réunies, le propriétaire adresse un commandement de respecter les clauses du bail. Si le locataire ne régularise pas la situation dans le délai imparti, le bailleur peut saisir le tribunal judiciaire pour demander la résiliation du contrat et l’expulsion.
La procédure reste longue dans certaines juridictions. Les retours varient sur ce point selon les tribunaux, mais la tendance est au raccourcissement des délais lorsque les preuves sont solides et que la clause résolutoire du bail est clairement rédigée.
Un propriétaire qui soupçonne une sous-location a tout intérêt à agir rapidement. Plus la situation dure, plus le montant des sous-loyers à récupérer augmente, mais plus la procédure se complexifie si le sous-locataire revendique un droit au maintien dans les lieux. Vérifier le bail, documenter les faits, puis engager la procédure sans tarder reste la séquence la plus efficace pour protéger ses droits de bailleur.

