Mettre des bouteilles d’eau dans une piscine : raisons et avantages

La bouteille PET plongée dans le skimmer ou lestée au fond du bassin fait partie de l’arsenal classique de l’hivernage passif. Mettre des bouteilles d’eau dans une piscine reste une méthode transmise entre piscinistes depuis des décennies, mais son impact sur la qualité de l’eau à long terme mérite un examen plus rigoureux que ce qu’on lit habituellement.

Microplastiques et résidus PET : ce que libèrent les bouteilles dans le bassin

Le polyéthylène téréphtalate (PET) utilisé pour les bouteilles du commerce se dégrade sous l’effet conjugué des UV, du chlore résiduel et des variations de température. Nous observons régulièrement, sur des bouteilles laissées plusieurs mois dans un bassin traité au chlore, un blanchiment caractéristique de la paroi, signe d’une dégradation de surface.

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Cette dégradation libère des microparticules de PET et des traces d’antimoine, un catalyseur utilisé lors de la fabrication du plastique. L’antimoine migre plus vite lorsque le pH descend sous 7,0 ou que la température de l’eau dépasse 28 °C, deux situations courantes en fin de saison avant hivernage.

Le filtre à sable standard retient les particules au-dessus de 20 microns. Les fragments de PET issus de la photodégradation descendent fréquemment sous ce seuil. Le résultat : une accumulation progressive dans le circuit hydraulique, les buses de refoulement et le média filtrant lui-même.

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Mains déposant une bouteille d'eau en plastique dans une piscine résidentielle

Conséquences sur l’équilibre chimique du bassin

L’ajout de matière plastique dans l’eau modifie marginalement la demande en désinfectant. Le biofilm se forme plus facilement sur une surface PET rugueuse que sur un liner ou un gelcoat, ce qui augmente la consommation de chlore ou de sel converti.

Sur un hivernage actif de quatre à cinq mois, la surconsommation de produit de traitement reste mesurable lorsqu’on compare un bassin avec et sans bouteilles. En revanche, sur un hivernage passif avec bâche opaque et filtration à l’arrêt, la dégradation UV est fortement ralentie.

Bouteilles d’eau dans le skimmer contre le gel : protocole et limites

L’astuce la plus répandue consiste à remplir partiellement une bouteille d’eau, la reboucher, puis la suspendre verticalement dans le skimmer à l’aide d’un fil. Lorsque l’eau gèle, la bouteille se comprime avant que la glace n’exerce une pression destructrice sur les parois du skimmer.

Des retours de piscinistes lors des hivers 2024-2025 confirment que cette méthode prévient efficacement les fissures dues au gel sans vidange complète. La bouteille joue le rôle d’un absorbeur de pression, exactement comme les flotteurs d’hivernage en mousse de polyéthylène vendus dans le commerce.

  • Remplir la bouteille aux deux tiers pour conserver un volume d’air compressible suffisant
  • Utiliser une bouteille de 1,5 litre minimum afin que la surface de compression reste significative face au volume du skimmer
  • Remplacer la bouteille chaque saison pour limiter la dégradation du plastique et la libération de résidus
  • Positionner la bouteille à la verticale, goulot vers le haut, pour éviter qu’elle ne bloque le clapet anti-retour

Flotteurs PET vs flotteurs mousse : une différence de durabilité

Les flotteurs d’hivernage en polyéthylène expansé sont conçus pour résister à plusieurs cycles gel-dégel sans perte de volume. Une bouteille PET standard se déforme après un ou deux cycles et perd sa capacité d’absorption de pression. Nous recommandons de ne jamais réutiliser une bouteille ayant déjà passé un hiver dans le bassin.

Par ailleurs, les bouteilles PET entières flottantes peuvent servir de stabilisateurs de niveau d’eau en cas de vidange partielle, là où des balles de piscine jetables génèrent davantage de pollution résiduelle.

Alternatives biodégradables aux bouteilles PET pour l’hivernage piscine

Le décret n°2025-1123 du 15 décembre 2025 renforce les obligations de tri et de réduction des plastiques à usage unique dans les équipements de loisirs privatifs. Si les bouteilles de piscine ne sont pas directement visées, la tendance réglementaire pousse vers des solutions sans plastique conventionnel.

Plusieurs fabricants proposent désormais des flotteurs d’hivernage en bioplastique PLA ou en liège compressé. Le PLA (acide polylactique) se dégrade en conditions de compostage industriel, mais résiste correctement aux conditions d’un bassin hivernal pendant une saison complète.

  • Flotteurs en liège aggloméré : résistance mécanique suffisante pour un hivernage passif, aucune libération de microplastiques, recyclables en fin de vie
  • Boudins en PLA expansé : compressibilité comparable au polyéthylène, mais dégradation accélérée en eau chlorée au-delà de deux saisons
  • Gaines en caoutchouc naturel (latex) : alternative souple pour les skimmers, réutilisable sur trois à quatre saisons selon l’exposition UV

Le liège reste, à ce stade, le matériau le plus stable chimiquement en milieu chloré. Son coût unitaire dépasse celui d’une bouteille PET récupérée, mais il ne génère ni résidu ni biofilm supplémentaire.

Bouteilles d'eau disposées en grille à la surface d'une piscine hors-sol dans un jardin

Traitement de l’eau et filtration : quand la bouteille PET complique l’entretien

Un point rarement abordé concerne l’interaction entre les bouteilles immergées et le système de filtration au sel. L’électrolyse au sel produit du chlore gazeux dissous à partir de la cellule. Les fragments de PET en suspension, même microscopiques, se déposent sur les plaques de la cellule et réduisent progressivement son rendement.

Sur un bassin équipé d’un électrolyseur, retirer toute bouteille plastique avant la remise en service printanière est une précaution qui allonge la durée de vie de la cellule. Un rinçage acide de la cellule en début de saison ne suffit pas toujours à déloger les dépôts de PET incrustés.

Vérification post-hivernage

Après un hivernage avec bouteilles, nous recommandons un contre-lavage prolongé du filtre à sable ou un nettoyage des cartouches avant de rétablir la circulation normale. L’objectif est d’évacuer les microparticules accumulées avant qu’elles ne soient redistribuées dans le bassin via les buses de refoulement.

La méthode des bouteilles d’eau dans une piscine conserve son utilité pour protéger les skimmers du gel à moindre coût. L’arbitrage se fait entre praticité immédiate et préservation de l’eau sur le long terme. Les alternatives en liège ou en latex naturel commencent à offrir un compromis technique crédible pour ceux qui souhaitent hiverner leur bassin sans introduire de plastique jetable.